Olfactophobie sélective : Entre passion et peur
- Rokia Tandia

- 6 oct. 2025
- 2 min de lecture

Depuis toujours, les odeurs me traversent.
Elles ne se contentent pas de flotter autour de moi : elles m’habitent, me réveillent, me rassurent ou m’alarment. La parfumerie m’a fascinée parce qu’elle parle un langage rare : celui de l’instinct, du corps, du souvenir.
Mais ce monde, que j’aime tant, est aussi celui qui m’effraie le plus.
Car ma plus grande peur porte un nom : l’olfactophobie sélective.
Autrement dit : une peur incontrôlable du gaz.
Ma mère pourrait en témoigner. Petite, il suffisait d’une odeur de brûlé ou de gaz dans l’air pour que la panique m’envahisse. Je restais figée, le cœur battant, cherchant d’où venait le danger. Mon corps réagissait avant moi, comme s’il savait qu’il fallait se méfier.
Cette peur n’avait pas de visage, mais elle avait une présence : celle du danger imminant.
Et pourtant, ce sont aussi les odeurs qui ont éveillé ma passion.
Comment aimer autant le parfum, et avoir si peur d’une simple odeur ?
Comment se laisser porter par la vanille ou le cuir, et trembler face à une molécule invisible ?
Peut-être parce que l’odorat est notre sens le plus ancien.
Avant de voir, de parler, de penser : on sent. L’odeur nous guide, nous avertit, nous protège.Elle parle directement au corps, avant l’esprit. Alors, aimer les parfums, pour moi, c'est peut-être une façon de dialoguer avec ma peur. Une manière d’apprivoiser mon instinct.
Chaque senteur que je découvre est un pas vers l’équilibre entre deux forces en moi :
la fascination et la peur, la beauté et le danger, le plaisir de respirer et la peur d’étouffer.
Peut-être que ma vocation est là, dans cet espace fragile entre deux mondes.
Là où l’odeur devient un lien entre la vie et l’alerte ,entre le souffle et le silence, entre l’humain et l’instinct.
Car respirer, c’est déjà un pari.



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